On rencontre un lien fort entre RSE et dialogue social dans le groupe chimique Solvay, qui n’est pas membre de l’ORSE.
En congé avant sa retraite fin 2009, Jean-Claude Gaudriot était le DRH France et le Directeur des Relations Sociales pour l’Europe du Groupe Solvay. Il expose brièvement ici pourquoi et comment ce groupe prend au sérieux la RSE, RSE qui se mène fondamentalement en collaboration entre direction et représentants du personnel, même si les parties prenantes externes ne sont pas oubliées.
Solvay est un groupe familial de 167 ans, fondé par un ingénieur humaniste, dont les valeurs sont toujours portées par l’entreprise. Paternaliste dès son origine, l’entreprise a naturellement évolué vers le dialogue social. Elle a mené récemment deux expériences particulièrement intéressantes.
La première est celle du Comité d’Entreprise Européen, créé en 1995. Il a toujours abordé des sujets concrets, et il a signé des Chartes sur des sujets difficiles comme la sous-traitance, la politique sociale dans le cadre des co-entreprises, la santé sécurité au travail, le Développement Durable et la RSE. Les textes de ces Chartes sont le fruit d’échanges conduits lors des séminaires triennaux rassemblant les membres du Comité d’Entreprise Européen et des membres du Comité de Direction. Ainsi le séminaire 2005 portait sur le thème "Etre les acteurs d’un Développement et d’une Société Durables". Dans le même temps, la direction tenait des réunions stratégiques biennales sans qu’il y ait une coordination entre les deux types de réunions. Ainsi en 2006, le thème de la réunion stratégique Direction était "Gestion des risques et gestion des hommes" en ligne avec la stratégie Développement Durable du groupe s’attachant à concilier économie, environnement, social et sociétal, avec les parties prenantes, dans une perspective de long terme et non de court terme.
Le grand plus de 2008 fut la coordination établie entre la réunion stratégique Direction de juin axée sur les "Objectifs Stratégiques que se fixait le Groupe pour relever les Défis d’un Développement Durable" et le séminaire CEE/Direction de septembre ayant pour thème "Relever ensemble les Défis d’un Développement et d’une Société Durables". Ce séminaire, conclu par Nicole Notat, Présidente de Vigeo, a pu se concrétiser par une position commune entre partenaires sociaux – Direction de l’entreprise et membres du CEE. Celle-ci s’est traduite par un ensemble de propositions d’actions touchant à l’innovation participative, au fait que Solvay doive être ambassadeur de la chimie, mais aussi que le passage du social au sociétal conduise à des actions dans les domaines de la formation, de la gestion des compétences, de la diversité, des seniors, du bien-être au travail, du stress. Une Charte basée sur ces principes a été signée à l’unanimité, à une exception près, par les vingt-trois membres du Comité d’Entreprise Européen, en présence de la Directrice du Cabinet du Commissaire Européen Vladimir Spidla. Le plus important se trouve dans le fait qu’au delà de la Charte, nous sommes entrés dans un processus associant les partenaires sociaux à l’élaboration de la stratégie du groupe. Ce n’est pas seulement une question d’image, mais un véritable engagement dans le cadre d’un Accord. Un comité de suivi inclut des représentants de la Direction et du CEE.
La deuxième expérience s’est passée en France. La RSE est l’appropriation par l’entreprise de la démarche de Développement Durable, mais cela n’est possible que s’il existe des relais. Dès 2007, en France, avec nos partenaires sociaux, nous avons monté des forums participatifs co-animés par la direction et des représentants du personnel, les "Journées participatives de sensibilisation au Développement Durable". Nous réunissons ensemble à cette occasion toutes les catégories de personnel, pour arriver à des propositions d’actions. Dans chaque établissement, en résulte un plan d’action faisant l’objet d’un comité de suivi composé de membres de la direction et de représentants du personnel. Nous sommes en contact avec des ONG, mais nos principaux interlocuteurs sont d’abord nos partenaires syndicaux.
Si la dynamique existe, il demeure que tout reste encore à faire pour l’entretenir, dans un champ de contraintes multiples. Il existe notamment des contradictions entre le dialogue social qui se noue de façon décentralisée au niveau des pays et des établissements et une organisation des Ressources Humaines qui, du fait de la mondialisation de l’économie, a tendance à devenir plus centralisée. Il demeure que rien en matière de DD et de RSE n’aurait été possible et ne le sera sans représentants du personnel et syndicats responsables.
Nous échangeons sur cette dernière expérience avec nos homologues des différents pays européens. Celle-ci suscite généralement de l’intérêt, mais je ne saurais vous dire à ce stade si cette expérience se déclinera au-delà de la France. Nous ne sommes pas des saints et le risque de déception existe. Mais il est deux raisons de penser que le groupe ne décevra pas les attentes suscitées : l’éthique de la société – l’entreprise se doit de faire du profit mais elle a comme raison d’être de créer un progrès économique et humain dans le respect de l’environnement – et son souci constant de co-construction de son avenir dans le cadre d’un dialogue avec les parties prenantes dont notamment nos partenaires sociaux.
Jean-Claude Gaudriot

