Syndiquer l'alerte

Extraits du chapitre 10 « Syndiquer l’alerte »
 
« Le premier qui dit se trouve toujours sacrifié
D'abord on le tue
Puis on s'habitue
On lui coupe la langue on le dit fou à lier
Après sans problèmes
Parle le deuxième
Le premier qui dit la vérité
Il doit être exécuté. »

Cette chanson de Guy Béart, sortie en 1968, est la mise en musique de la réalité des lanceurs d’alerte.

Tout l’arsenal législatif, international, européen, national, vise à la protection du lanceur d’alerte. C’est indispensable. Mais il ne faudrait pas que cet accent mis sur l’individu afin qu’il ne soit pas victime de son courage fasse passer au second plan la réussite du combat pour lequel il a pris des risques.
Pour prendre la métaphore de la chanson, il faut non seulement que le premier qui dit la vérité ne soit pas exécuté mais que le deuxième parle sans problème ; ou mieux qu’il n’y ait même pas besoin d’un deuxième parce que le problème aura été résolu.
Ce n’est pas tout à fait le cas aujourd’hui, ni dans les différents pays qui ont adopté une législation à propos des lanceurs d’alerte, ni dans les organisations supranationales comme l’Union européenne ; sans parler d’un droit international qui n’existe pas en ce domaine.
(…)
Nous l’avons vu, l’isolement n’est pas la solution. Divers intervenants tels que les avocats, le Défenseur des droits, les associations de lutte contre la corruption ou pour la défense de l’environnement peuvent donner des conseils utiles, voire pour certains accompagner le lanceur d’alerte potentiel. Mais dans un cadre professionnel, celui-ci a tout intérêt à se rapprocher, dès le début, de ses représentants, s’il a confiance en leur discrétion et leur efficacité. Les syndicalistes internes à l’entreprise peuvent avoir entendu parler d’autres cas semblables au sien, et rassembler les dossiers pour une meilleure efficacité. Les syndicalistes externes, du territoire ou de la filière, peuvent agir à différents niveaux.
Le verbe syndiquer signifie affilier, recruter mais aussi agréger, fédérer. Un lanceur d’alerte potentiel qui n’a pas vocation à partir à l’assaut la fleur au fusil a tout intérêt à ne pas rester dans un isolement hasardeux et à s’associer à un collectif ; bref, à syndiquer l’alerte.
(…)
Si une personne alerte sur un cas de tricherie, locale ou institutionnelle, et qu’elle est sanctionnée pour cela, son combat va alors être, et c’est parfaitement légitime, de ne pas subir les foudres de l’entreprise ou de l’Administration fautive, de ne pas être licenciée, de garder son emploi, si possible sa progression professionnelle. Pendant ce temps, si le relais n’est pas pris par un groupe organisé, les faits délictueux peuvent continuer impunément.

Pour que le signalement soit efficace, pour que le scandale cesse, il convient que celui qui a signalé s’inscrive dans un collectif ; bref, qu’après avoir osé, il sache syndiquer l’alerte.

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