L'auditeur interne, un empêcheur de frauder en rond... la suite

L'auditeur interne, la fraude et le harcèlement
 
Le témoignage de Marie-Claude Roinel dans le livre Oser l’alerte (Partie II La parole à ceux qui ont osé - Chapitre 4 Engager sa responsabilité professionnelle - Quatrième section L'auditeur interne, un empêcheur de frauder en rond) a dû être raccourci. On trouvera ici des compléments. 
 
Il s’agit de l’histoire d’un auditeur interne (une auditrice, en l’occurrence) dans un centre informatique de la Caisse nationale d’assurance-maladie des travailleurs salariés (CNAM-TS). Ces délégués informatiques de l’agent comptable (DIAC) sont chargés de faire respecter les procédures de gestion. Ils sont placés sous la responsabilité fonctionnelle de l’agent comptable mais restent sous la responsabilité hiérarchique du directeur du centre qu’ils contrôlent. Marie-Claude découvre des malversations et le directeur s’acharne contre elle. Une enquête de l'IGAS est ouverte, dirigée contre Marie-Claude, elle concluera à la faute du directeur.  

 Nous vous livrons ici un paragraphe qui prend place au moment de l'enquête de l'IGAS. 

""" Juste avant que je sois entendue dans cette enquête, j’ai été victime d’un accident de voiture bizarre avec délit de fuite. Les enquêteurs sont venus me voir dans un lieu neutre alors que j’étais en arrêt, avec une jambe dans le plâtre et une minerve au cou. Quelques mois plus tard, alors que l’enquête était toujours en cours (elle a duré sept mois en tout), de façon tout aussi bizarre j’ai été agressée physiquement (dix jours d’incapacité de travail) par un pauvre type qui n’a jamais pu dire pourquoi il avait fait cela. Même ceux qui ne me soutenaient pas pensaient que cela avait un rapport. """

et la suite de l'histoire, après le licenciement du directeur, dû à l'enquête: 

""" Suite à son licenciement, après quelques mois d’intérim, une nouvelle direction a été mise en place. J’ai naïvement cru que je pourrai à nouveau travailler dans la sérénité, que la page était tournée. Mais cela n’a pas été le cas, car il existe une sorte de solidarité honteuse entre directeurs. J’avais commis un crime de lèse-majesté et la nouvelle direction a voulu faire disparaitre tous les protagonistes actifs de l’affaire. L’agent comptable est restée dans sa caisse primaire, un mou a été nommé au centre informatique, j’ai été « au placard ». Les complices de l’ancien directeur étaient toujours là. Par ailleurs, la nouvelle direction a voulu remettre les gens au travail et c’est à moi que les collègues l’ont reproché, sur le mode « avec l’ancien, nous étions tranquilles, c’est ta faute ce qui se passe ». J’étais épuisée psychologiquement, j’ai failli craquer.
Le médecin du travail, lors de la visite annuelle, constatant mon état, m’a fait parler, elle – encore une femme - m’a aidé à reprendre confiance. J’ai relativisé, je n’étais pas la seule à subir ce genre de situation et après cette période d’abattement je me suis révoltée.
Sur les conseils de l’Union départementale – c’était là aussi une femme secrétaire générale - j’ai engagé une procédure devant les prud’hommes pour voir reconnaître la discrimination dont j’avais été victime en n’ayant fait que mon travail. Parce que mon coefficient n’avait toujours pas bougé.
Accompagnée par un défenseur syndical, j’ai gagné aux prudhommes, ma direction a fait appel, j’ai gagné, elle s’est pourvue en cassation, j’ai encore gagné et touché des dommages et intérêts… mais je n’ai pas eu le coefficient, si bien que j’ai dû attaquer de nouveau – et gagner. 
J’avais aussi pris contact avec l’Union confédérale des cadres, ils ont tout de suite compris ma situation, d’autres l’avaient déjà vécue. J’ai participé à leurs travaux, j’ai animé des formations juridiques, puis j’ai pris des responsabilités. Grâce à l’action syndicale, je me suis reconstruite et ai entamé une seconde partie de carrière avec d’autres objectifs passionnants, j’ai été secrétaire générale de l’Union régionale interprofessionnelle, d’abord à temps partiel avec mes heures de délégation, puis détachée à temps complet.
Il n’y a jamais eu d’autre DIAC dans mon centre et ailleurs la plupart des DIAC n’ont eu ni le coefficient prévu ni le déroulement de carrière attendu. Le contrôle interne, présent maintenant dans les caisses primaires, n’existe plus dans les centres informatiques, les directeurs y étant opposés."""